L’année 2025 a permis de voir dans les salles françaises des film ibériques, soit espagnols, soit portugais, assez différents de ceux habituellement visibles. Différents dans la mesure où, il y a eu un volume assez important de films basés sur la présentation de faits existants (ou qui ont existé), ou bien par leur interprétation plus ou moins fidèle, en tous cas des films non ancrés dans de la fiction purement inventée.

Ciudad sin sueño, Guillermo Galoe, 2025
La partie 1 de cette chronique intitulée « Tardes sin sueño » a permis de mettre en avant les œuvres de deux poids lourds du cinéma espagnol tous deux originaires de Catalogne : Albert Serra avec Tardes de soledad et José Luis Guerin avec Histoires de la bonne vallée. La partie 2 se focalise elle sur Covas do Barroso, chronique d’une lutte collective de Paulo Carneiro, Ciudad sin sueño de Guillermo Galoe et Segundo premio coréalisé par Isaki Lacuesta et par Pol Rodríguez. Ces trois films sont présentés dans cet article dans l’ordre chronologique de leur visionnage.
En mars 2025, le même jour que Tardes de soledad est sorti en salles Covas do Barroso, chronique d’une lutte collective. Ce dernier fut présenté au printemps 2024 à Cannes où il portait alors le nom de A savana e a montanha. Le réalisateur Paulo Carneiro place le spectateur dans une zone montagneuse et rurale du nord du Portugal au sein de laquelle, Savannah Resources, une compagnie minière apparemment luso-britannique et qui est spécialisée dans le lithium, souhaite s’implanter pour y extraire ce métal essentiel à la fabrication des batteries de bon nombre d’objets qui nous entourent.
Devant cette perspective, les villageois de cette zone, qui se situe dans la région Norte et dans la sous-région Terras de Trás-os-Montes, commencent donc à se mobiliser pour empêcher le lancement de cette exploitation minière qui entre autres méfaits va détruire leur paisible paysage. Dans Covas do Barroso, nous sommes bien loin de la caméra à vocation « objective » de Serra, car Carneiro fait jouer, par des villageois directement engagés dans cette lutte, quelques épisodes de leur confrontation à la société Savannah Ressources et aux pouvoirs publics. Ces derniers sont plutôt favorables à accorder une licence permettant à Savannah d’exploiter une vaste partie des terrains de la région, quand bien même le système agro-sylvo-pastoral de Barroso fait partie, depuis 2028, des 104 sites identifiés à ce jour comme Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Covas do Barroso, Paulo Carneiro, 2024.
Dans Covas de Barroso, certaines phases de la lutte sont rejouées par les propres opposants au projet. Le film n’intègre pas de voix-off, et n’est pas bâti autour de discours ou de longues prises de paroles. Il ne retranscrit pas non plus une succession chronologique d’actions de résistance. Ces dernières sont le plus souvent suggérées à travers des séquences qui présentent les préparatifs de l’action en elle-même. Certes, le spectateur assiste à un rassemblement villageois anti-projet dans une ambiance de far-west, ou bien il peut voir, avec une finalité floue, une jeune femme s’approcher d’ouvriers qui travaillent dans un chantier de préparation de l’exploitation minière. Mais ce n’est le cœur du film. Carneiro modèle davantage son film autour de séquences musicales au cours desquelles celles et ceux qui s’opposent au projet chantent ensemble. Il ressort de ces moments une représentation du sentiment d’appartenance à un collectif et du renforcement de l’engagement dans une lutte au quotidien.
Les choix de mise en scène et de narration, aussi bien par des suggestions que par des ellipses, conduisent de façon récurrente le spectateur à combler les sauts qu’il constate, et à relier les différentes séquences entre elles. L’ensemble adopte donc une tonalité quelque peu symbolique et mystérieuse. Covas de Barroso ne vise pas à fournir une restitution précise ou exhaustive des faits constitutifs de la lutte, il semble plutôt, par petites touches éparses et délicates, comme le ferait un peintre impressionniste, vouloir esquisser différentes étapes dans ce qui constitue une lutte sociale et environnementale.
Le film s’inscrit dans la catégorie type docu-fiction, et c’est probablement celui qui, parmi les œuvres présentées à travers les différents épisodes de Tardes sin sueño, est le plus ancré dans le côté hybride.
Sorti en septembre 2025, mais projeté à Paris en juin 2025 lors de la reprise de la Semaine de la Critique (où le film a obtenu le prix SACD), Ciudad sin sueño de Guillermo Galoe est une œuvre de fiction ancrée au cœur de la Cañada Real, le plus grand bidonville d’Espagne situé à quelques kilomètres à l’est du centre de Madrid. Il existe en Espagne d’importants chemins de transhumance qui traversent le pays la plupart du temps du nord au sud, et qui sont désignés comme Cañada Real. Ce qui les distingue ce sont les termes qui suivent l’appellation générique Cañada Real. À l’origine, la Cañada Real Galiana relie la province de La Rioja (nord de l’Espagne) à la province de Ciudad Real (moitié sud du pays) en longeant la ville de Madrid à l’est. C’est à partir des années 1950/1960 que s’installent les premiers bidonvilles dans la partie madrilène de la Cañada Real Galiana. Ils se situent aujourd’hui le long de six secteurs distincts s’étalant sur total d’une quinzaine de kilomètres et accueillant environ 8 000 habitants.
Lors de la crise des années 2010 au cours de laquelle, à travers l’Espagne, beaucoup de foyers ne pouvant plus payer leurs loyers sont expulsés de chez eux, Galoe entend parler du bidonville madrilène la Cañada Real, car certains expulsés s’y relogent comme ils peuvent. Curieux d’en savoir plus sur le lieu, le cinéaste s’en approche timidement, puis il commence lentement à rentrer en contact avec des habitants du bidonville. Au fil du temps, il parvient à y implanter des ateliers audiovisuels adressés aux habitants de la Cañada Real, il y tourne un court-métrage en 2023 (Malgré la nuit qui remporte en 2024 l’équivalent espagnol du César pour le meilleur court-métrage de fiction), avant d’y réaliser son long-métrage.
Ciudad sin sueño est tourné avec des habitants du quartier et non pas avec des acteurs professionnels. Le film suit Toni, un adolescent et sa famille gitane. Toni est très ami avec Bilal dont la famille vient du Maghreb et dont le départ en France est imminent. Probablement dans la continuité des ateliers que Galoe a animés il y a quelques années, certaines séquences du film ont directement été tournées par Toni et Bilal. Il s’agit de séquences très colorées car captés à l’aide d’un téléphone portable dont les filtres sont activés. Avec ce dispositif très léger et mobile, les deux adolescents s’aventurent dans les alentours de la Cañada Real (en dehors de l’unique longue voie principale et des bâtiments qui la jouxtent, le paysage avoisinant est composé d’une étendue de petites collines pelées et jaunies par le soleil à partir desquelles on peut apercevoir, au fond, des tours d’affaires de la capitale espagnole).
Le départ de Bilal et de sa famille va laisser un grand vide pour Toni. En parallèle, une autre intrigue se met en place entre Toni, son grand père, et une autre famille gitane dont la mère chapeaute un lieu de vente de stupéfiants (le film se déroule dans le secteur 6 de la Cañada Real, celui qui semble concentrer le plus de difficultés actuellement). Les deux familles ont eu un passé lié par des combines, des services rendus et des dettes non soldées. Sur une décision non concertée de la part de son grand-père, Toni perd son lévrier au profit de l’autre famille. Un enjeu du film pour Toni est de retrouver son lévrier, ce qui l’amène à côtoyer la fille de la femme qui a récupéré le chien. Cette fille, à peu près du même âge que Toni, est soit bonne copine, soit redoutable en affaires dès qu’il est question d’argent.

Ciudad sin sueño, Guillermo Galoe, 2025
Le tour de force du film est de distiller énormément de facettes relatives à la phase de l’adolescence, mais aussi des facettes plus spécifiques à la vie au sein de la Cañada Real, et de les incorporer dans la narration de façon naturelle, fluide, cohérente et sans emphase.
Via le personnage de Toni, Galoe donne à voir de nombreuses problématiques propres à cette étape de la vie entre enfance et âge adulte. L’amitié entre deux jeunes qui, grâce aux téléphones et aux réseaux sociaux, résiste à l’éloignement géographique. La complicité forte avec son grand-père, puisque Toni l’aide dans ses activités de ferrailleur et l’accompagne un peu partout, mais en parallèle Toni subit les prises de décisions préjudiciables de la part son aïeul, ce qui le conduit par moments à s’aventurer du côté de la désobéissance. La nécessité de trouver un positionnement entre ses parents et ses grands-parents alors que leurs avis divergent, et que les rapports ne sont pas toujours au beau fixe. Et le voisinage n’hésite pas à le presser Toni pour qu’il se trouve une épouse.
Pour ce qui est de l’environnement, il n’y a plus du tout d’électricité à la Cañada Real depuis octobre 2020. L’accès à l’eau n’est toujours garanti. La survie est difficile et elle repose sur de la débrouille. La drogue fait des ravages. Les pouvoirs publics détruisent tout logement devenu vacant dans le but de limiter l’emprise territoriale du bidonville. En parallèle des propositions de relogement dans des logements sociaux sont faites, mais un appartement cloisonné au sein d’un grand immeuble toute en verticalité constitue une importante perte de liberté, surtout si l’on songe aux possibilités de mouvements et d’interactions sociales que procurent l’horizontalité de la Cañada Real où les logements de fortune s’étalent de plein pied le long d’un ruban de bitume entouré de collines. Les liens familiaux restent importants. La solidarité entre voisins est présente. Les arrangements entre habitants peuvent prendre une tournure douteuse. Et il existe une tradition de poésie orale.
S’il s’agit bien d’une fiction, la participation des habitants au film et le lieu de tournage retenus donnent évidemment un aspect documentaire fort au film. La Cañada Real est peu connue des espagnols, et souvent ce qu’ils en savent provient des reportages pour les journaux télé qui sont focalisés avant tout sur le sensationnalisme et sur les faits divers. Via une démarche longue de plusieurs année, Galoe propose un contrepoint de vue assurément réussi.
Pour ce qui est de la forme, sans rien gommer des difficultés du bidonville, les images sont recherchées et offrent une tonalité poétique, comme lors d’un travelling nocturne où l’on voit des bûchers placés dans de vieux bidons en métal qui font à la fois office de lieu de rassemblement entre voisins et d’alternative au manque d’éclairage public. L’auteur de ces images marquantes est Rui Poças, le directeur de la photographie portugais que l’on a pu retrouver par le passé dans La dernière fois que j’ai vu Macao (2012) coréalisé par João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata, Alma Viva (2022) de Cristèle Alves Meira ou encore Grand Tour (2024) de Miguel Gomes.
Si l’on met de côté une intrigue simple, le manque d’envergure du film provient de l’intensité dramatique qui est insuffisamment explorée lors des scènes de conflits entre les personnages. C’est particulièrement notable lors d’une querelle qui oppose les parents de Toni à son grand père dont la parole est très véhémente et très autoritaire, le ton monte, le spectateur peut s’attendre à une conclusion explosive, et au lieu de ça, le soufflet retombe soudainement.
La dernière scène de Ciudad sin sueño offre un parallèle visuel immédiat avec l’avant-dernière scène de Covas de Barroso. Toutes deux filmées en plan séquence (celui de Galoe s’étalant davantage dans la durée), avec le même angle de vue, elles mettent en jeu la notion de déplacement avec une similitude presque confondante. Le plan séquence de Ciudad sin sueño prend une dimension presque envoûtante en raison du morceau qui accompagne les images. Il démarre par une mélodie aux sonorités arabo- andalouses assez vite rejointe par une voix à l’intonation flamenco déclamant d’obscures paroles, puis le rythme des paroles prend l’allure d’un tourbillon, laissant place en guise de fin à une déferlante de rock bruitiste. Le générique de fin, qui démarre alors même que le morceau se poursuit, permet d’identifier quelques instants après les informations relatives au titre entendu : il s’agit de Ciudad sin sueño interprété par Enrique Morente et par Lagartija Nick.
Ce morceau fait partie du disque Omega sorti en 1996. Disque à la croisée des chemins entre flamenco et rock, il est considéré comme culte en Espagne. Enrique Morente (1942 – 2010), une des grandes voix du flamenco de la seconde moitié du XXe siècle, Lagartija Nick, un groupe de rock originaire de Grenade (tout comme Morente), et des musiciens de flamenco, y reprennent, à travers treize titres, des textes du poète Federico García Lorca et des paroles du musicien canadien Leonard Cohen. Mi-février 2026, pour célébrer les trente ans de la sortie d’Omega, une tournée de concerts en Espagne est annoncée par le fils de Morente et par Lagartija Nick, ce qui constituera par la même occasion un hommage à García Lorca (exécuté dans les environs de Grenade par la répression franquiste au tout début de la guerre civile espagnole, il y a presque quatre-vingt-dix ans), à Cohen et à Morente.
À la sortie du film en septembre 2025, Galoe indique que le choix du titre pour son film était évident pour lui dès le début du projet, et que c’est un élément qui, contrairement à d’autres dans la construction du film, n’a pas varié.
Ciudad sin sueño (Nocturno del Brooklyn Bridge) est un poème du recueil Poeta en Nueva York de García Lorca. Le poète réside à New York de juin 1929 à mars 1390, c’est-à-dire au début de la Grande Dépression. Très marqué par la misère, la saleté et l’insécurité de New York, les poèmes qui en résultent prennent une tournure sombre, inspirée par la solitude et par le désespoir. Galoe considère que ce séjour agit pour le poète comme une prise de conscience de sa propre condition de marginal (l’homosexualité était très mal vue en Espagne à l’époque), et peut-être même qu’à ce moment il pressent le drame qui va se jouer pour lui en Espagne quelques années plus tard (il est fusillé par la répression franquiste en août 1936, vraisemblablement en raison de son homosexualité et de sa sensibilité politique, et à ce jour, sa dépouille reste introuvée).
Le mot sueño pouvant, en espagnol, à la fois signifier le sommeil et le rêve, le titre du poème de García Lorca est plutôt à traduire dans le sens de Ville sans sommeil, ce qui s’accorde bien avec la réputation de New York : la ville qui ne dort jamais. Pour ce qui est de son film, Galoe emploie le mot sueño également au sens sommeil, car il considère que les habitants de la Cañada Real ont des rêves.
Parmi les films figurant dans la série d’articles deTardes sin sueño, Segundo premio (sorti dans les salles françaises en juillet 2025, après avoir été auréolé en février 2025 de trois prix par l’équivalent espagnol des Césars, dont celui de la meilleure réalisation) est celui qui s’ancre le plus fortement dans le registre de la fiction. Un court texte indique dès le début du film qu’il ne s’agit pas d’un film sur Los Planetas, un groupe de rock indépendant né à Grenade au début des années 90 et qui se produit encore en concerts en 2026, mais d’un film sur la légende de Los Planetas. Le film revient sur la période de réalisation du troisième opus du groupe, Una semana en el motor de un autobús (en français, Une semaine dans le moteur d’un autobus), qui est sorti en 1998 et qui est considéré comme un album majeur de Los Planetas.
Segundo premio donne à voir à quel point la gestation de ce disque conçu à Grenade (seule ville avec un nom de bombe si l’on en croit le film), puis enregistré à New York, fut difficile. Le film démarre avec une tonalité très rock’n’roll : la seule musicienne du groupe s’en va du groupe, et, par la même occasion, elle quitte son petit copain qui n’est autre que le chanteur et leader de Los Planetas. Il semble par ailleurs visible que l’autre tête pensante du groupe, le guitariste, a formé un trio amoureux avec le couple principal. Le départ de la bassiste et la fin de son couple avec le chanteur place le groupe dans une situation peu réjouissante. Le chanteur vit mal la séparation amoureuse. Le guitariste s’enfonce dans l’addiction aux stupéfiants, il arrive très en retard aux séances d’écriture du disque, ou bien il les sèche carrément sans avertir le reste du groupe. Malgré la morosité globale qui règne dans le groupe, malgré ce que les deux musiciens principaux peuvent se reprocher l’un à l’autre, et malgré les soubresauts dans cette amitié tiraillée, la sortie de route est contenue, et un équilibre précaire s’établit car chacun accorde un grand respect aux qualités musicales de l’autre, et car chacun sait qu’il a besoin de l’autre pour la réalisation du disque.

Segundo premio, Isaki Lacuesta et Pol Rodríguez, 2024
Si les conditions de création du disque furent difficiles et douloureuses, le film a connu un peu le même sort. Dans La planta baja (en français le rez-de-chaussée, mais c’est aussi le nom d’une des principales salles de concerts rock à Grenade), un livre qui se veut, en partie, un journal du tournage de Segundo premio, son auteur, Alejandro Simón Portal, indique qu’au départ c’est Jonás Trueba qui doit assurer la réalisation du film. Ce dernier, après avoir beaucoup œuvré pendant des années à l’écriture du scénario, aux repérages et aux préparatifs, abandonne le projet fatigué de ne pas voir les avancées se concrétiser. Trueba propose à Isaki Lacuesta de reprend le flambeau. Lacuesta donne un nouvel élan à l’ensemble en remaniant le scénario. Malheureusement, le jour avant le démarrage du tournage à Grenade, il apprend une mauvaise nouvelle : sa fille est atteinte d’une grave maladie. Il retourne donc précipitamment chez lui à Barcelone. Quelques semaines après, c’est Pol Rodríguez qui est désigné pour démarrer le tournage. Segundo premio semble aussi maudit que Una semana en el motor de un autobús.
Pour en revenir au film, il rappelle par bien des aspects 24 Hour Party People (2002), une œuvre réalisée par le britannique Michael Winterbottom et qui retrace la vie musicale foisonnante de Manchester sur plus de 20 ans (de 1976 à 1997), et plus précisément la trajectoire du label Factory Records dont Joy Division, New Order et Happy Mondays furent les groupes emblématiques. Avec des personnages torturés, et avec moins de saillies comiques que dans 24 Hour Party People, Segundo Premio est un film également très musical avec son lot de scènes déjantées. Le tandem Lacuesta/Rodríguez n’oublie pas non plus d’établir un lien entre certains traits de caractère typiques de la ville qui accueille la scène musicale en question, et l’influence qu’ils ont sur le comportement des musiciens.
À peu près à la moitié du film, une scène constitue une passerelle très directe avec Ciudad sin sueño de Galoe. Deux musiciens, dont le batteur qui officie à ce moment-là dans Los Planetas pour l’enregistrement de leur troisième album, se promènent dans le Sacromonte, le quartier gitan de la ville dont les ruelles escarpées abritent énormément de grottes aménagées en logements et en salle de spectacles flamenco. Le batteur, par ailleurs membre de Lagartija Nick, revient alors sur le mythique album Omega sorti peu de temps avant, le tout au son du morceau Ciudad sin sueño qui est également audible dans son intégralité. Au fur et à mesure que la balade avance dans le Sacromonte, et avec le morceau toujours comme fond musical, le film nous transporte élégamment vers les bas-fonds de la toxicomanie sous un pont de New York (le Brooklyn Bridge du poème de García Lorca ?). C’est le début d’une scène d’errance nocturne presque fantastique, qui n’est pas sans rappeler certaines images et atmosphères captées à la Cañada Real.
La perception d’un dialogue télépathique entre Covas do Barroso et Ciudad sin sueño, puis entre Ciudad sin sueño et Segundo premio, est un des éléments à l’origine de la série d’articles Tardes sin sueño.
Max Alley

